Formation et Entrepreneuriat en Île-de-France

Entretien professionnel : obligations de l’employeur et déroulement

À quoi sert l’entretien professionnel ?

L’entretien professionnel est un rendez-vous consacré à l’évolution professionnelle du salarié. Il ne s’agit pas d’un entretien d’évaluation de la performance ni d’un échange limité à la fixation d’objectifs opérationnels. Son objectif est d’examiner les perspectives d’évolution, les compétences à développer et les formations utiles au regard du poste occupé et du projet professionnel.

Le cadre général figure à l’article L6315-1 du Code du travail. L’employeur doit organiser cet entretien avec chaque salarié, quelle que soit la taille de l’entreprise. Le dispositif concerne notamment les salariés en contrat à durée indéterminée, mais aussi les salariés en contrat à durée déterminée lorsque les conditions d’ancienneté et de présence prévues par les textes sont réunies.

Pour le salarié, ce rendez-vous permet de faire le point sur les compétences acquises, les difficultés rencontrées, les souhaits de mobilité et les formations envisageables. Pour l’employeur, il constitue un outil de gestion des compétences et d’anticipation des besoins, à condition de ne pas le réduire à une formalité administrative.

Les obligations principales de l’employeur

L’employeur doit respecter plusieurs exigences précises. Le non-respect de l’une d’elles peut fragiliser la gestion des parcours professionnels et, dans certaines entreprises, entraîner un abondement correctif du compte personnel de formation.


Le délai de deux ans se calcule à partir de l’embauche ou du précédent entretien. Une absence peut modifier le calendrier et justifier un rendez-vous de reprise spécifique. Il est donc préférable de tenir un échéancier fiable plutôt que de compter uniquement sur les rappels informels des responsables hiérarchiques.

Quels salariés sont concernés et quand organiser le rendez-vous ?

L’entretien professionnel concerne les salariés, indépendamment de leur âge ou de leur niveau de qualification. Il ne doit pas être confondu avec un entretien réservé aux cadres ou aux personnes qui demandent une promotion. Un salarié occupant un poste d’exécution peut également avoir besoin d’une certification, d’une adaptation de ses compétences ou d’une reconversion interne.

Le calendrier mérite une attention particulière dans les petites entreprises. Il est recommandé de prévoir une date suffisamment tôt avant l’échéance, afin de laisser au salarié le temps de préparer ses demandes et à l’employeur celui de recueillir les informations utiles. Un report ponctuel peut être justifié par une absence ou une contrainte réelle, mais des reports successifs sans nouvelle date peuvent rendre le suivi difficile à démontrer.

Un tableau de suivi peut comporter les colonnes suivantes :

Information à suivreUtilité
Nom du salarié et date d’embaucheCalculer la première échéance
Date du dernier entretienDéterminer la prochaine date théorique
Absences concernéesIdentifier un éventuel entretien de reprise
Date d’envoi de la convocationConserver une trace de l’organisation
Date de remise du compte renduVérifier la clôture du rendez-vous

Ce suivi doit rester confidentiel. Les documents doivent être accessibles uniquement aux personnes qui en ont besoin dans le cadre de leurs fonctions, conformément aux règles applicables à la protection des données personnelles.

Préparer efficacement l’entretien professionnel

Une préparation sérieuse évite que l’entretien se transforme en conversation générale sans décision exploitable. L’employeur peut transmettre au salarié une trame quelques jours avant le rendez-vous. Cette trame doit distinguer le bilan du parcours, les perspectives et les actions envisageables.

Le salarié peut préparer les éléments suivants :


L’employeur, de son côté, peut examiner les changements attendus dans l’activité, les compétences nécessaires à moyen terme, les possibilités de tutorat et les formations compatibles avec les besoins de l’entreprise. Il doit toutefois éviter de présenter comme acquise une évolution qui dépend d’une décision ultérieure ou d’un budget non validé.

La préparation ne doit pas servir à imposer une conclusion. L’entretien est un échange : le salarié peut exprimer un projet qui ne correspond pas immédiatement aux besoins de l’entreprise, et l’employeur peut expliquer les conditions, les délais ou les limites qui s’y opposent. L’essentiel est de distinguer clairement ce qui est décidé, ce qui est à étudier et ce qui n’est pas retenu.

Le déroulement du rendez-vous, étape par étape

Un entretien professionnel peut suivre une structure simple en cinq temps.

  1. Rappeler le cadre : préciser que le rendez-vous porte sur le parcours, les compétences et les perspectives professionnelles, et non sur la seule évaluation du travail réalisé.
  2. Faire le bilan depuis le dernier échange : revenir sur les formations suivies, les missions confiées, les changements de poste et les compétences développées.
  3. Analyser les besoins : identifier les compétences à renforcer, les difficultés qui peuvent être traitées par une formation et les apprentissages pouvant être réalisés par la pratique, le tutorat ou la mise en situation.
  4. Examiner les projets : parler de mobilité, de prise de responsabilité, de certification, de reconversion ou de maintien dans l’emploi, sans confondre souhait et engagement ferme.
  5. Formaliser la suite : inscrire les actions envisagées, leur responsable, leur échéance prévisionnelle et les points à vérifier.

Les questions doivent être ouvertes et concrètes. Par exemple : quelles activités souhaitez-vous développer ? Quelles compétences vous manquent pour tenir votre poste dans de bonnes conditions ? Quelle formation vous semblerait utile ? Quel accompagnement serait nécessaire pour mettre en œuvre ce projet ?

Une question portant sur le projet professionnel ne doit pas conduire à demander des informations sans rapport avec l’emploi, notamment sur la vie privée ou les projets familiaux. L’entretien doit également se dérouler dans des conditions permettant un échange réel, avec suffisamment de temps et un lieu préservant la confidentialité.

Formation, CPF et dispositifs à évoquer

L’entretien professionnel peut être l’occasion de présenter plusieurs solutions, sans transformer le rendez-vous en séance de vente ou en promesse de financement. Le compte personnel de formation, ou CPF, peut contribuer au financement de certaines formations éligibles. Son utilisation relève d’une décision du titulaire du compte, selon les règles applicables au dispositif.

D’autres modalités peuvent être étudiées selon la situation :


Les règles de prise en charge peuvent dépendre de la branche professionnelle, de l’opérateur de compétences compétent, de la nature de la formation et du statut du salarié. Il est donc prudent de vérifier les conditions auprès du service compétent, de l’opérateur de compétences ou d’un conseiller spécialisé avant d’annoncer un financement.

Le compte rendu et le suivi après l’entretien

Le compte rendu doit être suffisamment précis pour garder la trace des échanges sans retranscrire chaque phrase. Il peut comporter la date, les participants, le rappel du parcours, les compétences identifiées, les projets évoqués et les actions décidées ou à étudier.

Pour chaque action, il est utile d’indiquer :


Le salarié doit recevoir une copie du document. S’il souhaite formuler une observation, celle-ci peut être conservée avec le compte rendu. Une signature peut attester de la remise du document, mais elle ne signifie pas nécessairement que le salarié approuve chaque appréciation. Le document doit rester factuel, respectueux et exempt de formulations discriminatoires ou de jugements sur la personnalité.

Le suivi est aussi important que le rendez-vous. Une action annoncée puis abandonnée sans explication peut dégrader la confiance. Lorsque la formation n’est finalement pas possible, l’employeur peut expliquer la raison et rechercher une solution différente. Un point intermédiaire permet de vérifier les démarches engagées et d’actualiser le projet.

Le risque lié au non-respect des obligations

Dans les entreprises d’au moins cinquante salariés, le Code du travail prévoit une conséquence financière lorsque le salarié n’a pas bénéficié des entretiens prévus et d’au moins une formation non obligatoire dans les conditions définies par la loi. L’employeur doit alors verser un abondement correctif sur le compte personnel de formation du salarié, selon le montant et la procédure fixés par les textes en vigueur.

La règle ne dispense pas les entreprises plus petites d’organiser les entretiens. Même en l’absence de cette sanction financière spécifique, un défaut de suivi peut créer des difficultés en matière de gestion des compétences, de formation, de reclassement ou de justification des décisions prises. Le respect du calendrier et la conservation des comptes rendus constituent donc une bonne pratique de gestion sociale.

Les dispositions peuvent évoluer. Avant de traiter un cas particulier, il convient de consulter la version à jour du Code du travail, les accords collectifs applicables et, si nécessaire, un professionnel du droit social. Cet article apporte une information générale et ne remplace pas une analyse juridique adaptée à la situation de l’entreprise ou du salarié.

Les erreurs fréquentes à éviter

Plusieurs pratiques réduisent la portée de l’entretien professionnel.


Une organisation simple, un calendrier partagé avec les personnes habilitées et une trame régulièrement mise à jour suffisent souvent à améliorer la qualité du dispositif.

FAQ sur l’entretien professionnel

L’entretien professionnel est-il obligatoire pour le salarié ?

Le salarié doit pouvoir en bénéficier, mais il n’a pas à présenter un projet d’évolution ou à demander une formation. L’employeur est responsable de l’organisation du rendez-vous et de la remise du compte rendu.

Peut-il remplacer l’entretien annuel d’évaluation ?

Non. Les deux rendez-vous ont des finalités différentes. Ils peuvent être organisés à des dates distinctes ou, si l’organisation le permet, dans un même échange clairement structuré en deux parties.

Que faire si le salarié ne souhaite pas signer le compte rendu ?

La signature peut servir à attester la remise du document, mais le refus de signer ne doit pas empêcher l’employeur de conserver le compte rendu et de noter que celui-ci a été remis ou présenté. Les modalités doivent rester factuelles.

Une formation est-elle obligatoire après chaque entretien ?

Non. L’entretien sert à identifier les besoins et les perspectives. Une formation peut être pertinente, mais d’autres actions sont possibles, comme le tutorat, la mobilité, la mise en situation ou la validation d’une expérience.

Qui peut aider à vérifier les règles applicables ?

Le service des ressources humaines, l’opérateur de compétences, les représentants du personnel ou un professionnel du droit social peuvent aider à examiner la convention collective, les échéances et les dispositifs mobilisables. Les règles doivent être vérifiées au regard de la situation concrète et des textes en vigueur.

En savoir plus à ce sujet :